Message de Pâques 2023 de l’Inspecteur ecclésiastique
« A moi aussi, il est apparu » (Paul, apôtre)
Pour preuve de la résurrection de Jésus, il a fallu à Paul l’évènement de sa rencontre avec lui dans une expérience personnelle. Car bien que le Ressuscité se soit montré à ses disciples, à Marie et à plus de 500 frères, le témoignage de ceux-ci n’aurait pu le convaincre tant que le Christ ne lui serait pas apparu à lui, à ses propres yeux. Nous en sommes tous là. C’est ce qui explique que la résurrection soit niée par les uns et affirmée par les autres.
Ainsi, chaque fois qu’une personne découvre la foi et la vit, elle apporte une confirmation au message de Pâques. La lecture des Evangiles ne la produit pas à elle seule. On peut se faire une image émouvante de Jésus et demeurer encore dans l’obscurité et n’apporter au culte qu’on lui rend que les sentiments sans espérance des femmes allant le matin très tôt au tombeau.
La bonté de Jésus, ses miracles, ses paraboles, le geste de sa main, le regard de ses yeux, voilà ce qui revient à la mémoire des disciples, un passé merveilleux, anéanti, et triste, désormais au parfum de mort. Si de tels souvenirs mènent au tombeau où l’on pleure, ils ne conduisent pas aux combats où l’on triomphe. Pour devenir un nouveau disciple, il faut l’apparition du Ressuscité. Les apôtres n’ont vraiment cru au fils de Dieu que par sa résurrection.
Nous le savions pour Jean (Jean 20, 8). Pierre l’affirme (Actes 2, 32, 36), Paul le confirme (Romains 1, 4). C’est le Christ vivant qui leur a dévoilé le secret du prophète de Nazareth et les a convertis à lui. Les historiens, les philosophes, les poètes se plaisent à écrire sur Jésus des pages enthousiastes. De tels éloges ne dépassent guère ceux qu’on décerne à Socrate, à Platon ou à Marc Aurèle. Le principal qui manque à leur ressemblance est la résurrection de Jésus.
Nous ne connaissons pas les pensées de l’apôtre Paul au moment précis où la vision transforma sa vie. Sans doute, de violents combats se livraient en lui. Ainsi, comme il le dit (Romains 6, 3-11), Jésus ressuscité n’apporte sa vie nouvelle qu’à ceux dont le péché a été crucifié avec lui. Sans cette mort intérieure dont parle l’apôtre, point de résurrection. Pâques n’a de message que pour ceux qu’a secoués la tempête de Golgotha.
Paul, ayant eu sa vision, croit désormais en celle qu’ont eu les autres. La preuve qu’il apporte se trouve maintes fois confirmées. Il a suffi d’un rayon pour lui révéler toute la lumière. Et de même aujourd’hui, la réalité immense de la résurrection éblouit le coeur de tout nouveau disciple dès la première clarté de son intime expérience. C’est bien là la gloire de Pâques. A peine le Christ vivant a-t-il resplendi sur notre vie, que nous pouvons nous apercevoir aussitôt qu’il remplit le monde. Son nom vient à nous de beaucoup de lèvres, nous retrouvons partout son influence. Le voici quand une personne s’ouvre à sa parole, quand une prière faite en son nom monte dans le silence vers Dieu penché pour l’entendre, quand deux ou trois se rassemblent pour se réchauffer à son amour.
A chacun de nous aussi, il est apparu, et à d’autres personnes également, il peut apparaître.
Se donner soi-même comme une preuve de Jésus ressuscité, ne serait-ce pas le comble de l’orgueil ? Non, c’est plutôt celui de la foi. L’apôtre Paul est un fils de Pâques. Du reste, il ne se trompait pas dans son argumentation. Sa preuve est restée la meilleure. Nous pouvons, aussi, si nous le voulons, être et devenir tous les jours fils et filles de Pâques.
Christ est ressuscité !
Il est vivant ! Ce mot a résonné jusqu’au fond du sépulcre, jusqu’au fond du coeur ; il a brusquement jeté sa joie sur les femmes venues au sépulcre, et sur la nature autour d’elles ; il a fait se lever une clarté dans leur âme et réveiller l’aurore au fond des cieux.
Christ est ressuscité !
Il est vivant ! Ce cri a fondé le christianisme et ramené sur la terre toute l’espérance. Serait-il possible que la force de Pâques s’éteigne dans la tiédeur des croyants ou dans celle de l’Eglise ? Si on ôtait ce jour de nos souvenirs, on enlèverait le Royaume de nos espérances, et si la terre n’a pas entendu ce seul cri de joie, l’éternité est muette comme la tombe.
Laza Nomenjanahary, inspecteur ecclésiastique