Historique de la paroisse Saint-Pierre (d'après une étude de Bertrand Dupré)

Le luthéranisme en France

Dès le début de la Réforme, les thèses de Martin Luther (1483-1546) se propagent en France, comme en témoigne le cénacle des luthériens de Meaux, constitué en 1521.

A la même époque, la ville de Strasbourg, une partie de l’Alsace et le pays de Montbéliard furent aussi gagnés aux idées du réformateur.

A Paris, le luthéranisme s’implanta et put se maintenir grâce aux chapelles d’ambassades (notamment celle de Suède dès 1626 puis celle du Danemark).

Par les « Articles organiques », Napoléon garantit en 1806 la liberté de choix religieuse et l’Église Luthérienne devient une Église d’État reconnue (les pasteurs auront le statut de fonctionnaire) et elle obtient l’ancienne église abbatiale « les Billettes » dans le quartier du Marais et qui possède le plus ancien cloître de Paris.

Sous Louis-Philippe, dont la belle-fille et donc reine potentielle était une princesse allemande luthérienne, on assistera en 1843 à l’inauguration de l’Église de la Rédemption, rue Chauchat, qui fut le siège de l’Église Luthérienne de France. (Anecdote : le baron Haussmann était paroissien de la Rédemption et on lui doit le crucifix sur l’autel).

Les paroisses se développèrent à Paris, en banlieue et même à Lyon (1863) et à Nice (1866).

L’inspection de Paris (région) dispose aujourd’hui de vingt-et-une paroisses soit vingt-deux lieux de culte avec Lyon et Nice.

Cent cinquante ans de présence luthérienne dans le 19e arrondissement

Pour des raisons politiques et économiques, des milliers d’Allemands arrivèrent en France. En 1848, on en compte dans la capitale plus de 60 000. La pauvreté est grande et le pasteur Louis Meyer crée la Mission évangélique parmi les Allemands cofinancée par l’Allemagne.

En 1858, un jeune pasteur allemand, Friedrich Von Bodelschwingh – futur fondateur des célèbres asiles de Bethel, à Bielefeld – qui devait devenir l’une des principales figures du protestantisme allemand à la fin du XIXe siècle, s’établit dans le quartier du 19e où se trouvait une colline verdoyante. Elle lui apparut comme la terre de Canaan. La mission allemande lui accorda l’autorisation de louer et il loua d’abord l’endroit à l’une des briqueteries puis après avoir réuni difficilement, les fonds, il put en faire l’acquisition. Il y construisit en premier lieu un petit chalet suisse, facilement démontable et l’inaugura par un culte le 13 décembre 1858.

Le chalet lui servit à la fois de lieu de culte et d’école puis rapidement trois autres chalets furent construits et le 18 août 1861, il procéda à la pose de la première pierre de ce qui allait devenir l’église dite de la Colline aujourd’hui au numéro 93 de la rue Crimée. D’autres bâtiments modestes vinrent s’y adjoindre de sorte que s’organisa un important centre allemand à la fois religieux et culturel. Avec paroisse et école du dimanche, jardin d’enfants et internat de garçons, cette mission avait la charge spirituelle des ouvriers immigrés allemands qui travaillaient notamment dans les nombreuses briqueteries du quartier.


 

 


 

 Martin Luther
   Portrait de Lucas Cranach

 

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