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Cent cinquante ans de présence luthérienne dans le 19e arrondissement  

Pour des raisons politiques et économiques, des milliers d’allemands arrivèrent en France. En 1848, on en compte dans la capitale plus de 60 000. La pauvreté est grande et le pasteur Louis Meyer crée la Mission évangélique parmi les allemands cofinancée par l’Allemagne.

En 1858, un jeune pasteur allemand, Friedrich Von Bodelschwingh – futur fondateur des célèbres asiles de Bethel, à Bielefeld – qui devait devenir l’une des principales figures du protestantisme allemand à la fin du XIXe siècle, s’établit dans le quartier du 19e où se trouvait une colline verdoyante. Elle lui apparut comme la terre de Canaan. La mission allemande lui accorda l’autorisation de louer et il loua d’abord l’endroit à l’une des briqueteries puis après avoir réuni difficilement, les fonds, il put en faire l’acquisition. Il y construisit en premier lieu un petit chalet suisse, facilement démontable et l’inaugura par un culte le 13 décembre 1858.

Le chalet lui servit à la fois de lieu de culte et d’école puis rapidement trois autres chalets furent construits et le 18 août 1861, il procéda à la pose de la première pierre de ce qui allait devenir l’église dite de la Colline aujourd’hui au numéro 93 de la rue Crimée. D’autres bâtiments modestes vinrent s’y adjoindre de sorte que s’organisa un important centre allemand à la fois religieux et culturel. Avec paroisse et école du dimanche, jardin d’enfants et internat de garçons, cette mission avait la charge spirituelle des ouvriers immigrés allemands qui travaillaient notamment dans les nombreuses briqueteries du quartier.

En 1866, la création du parc des Buttes Chaumont fut un grand bienfait pour le quartier. Les carrières disparurent, des rues nouvelles furent percées, des maisons saines furent construites. Mais un grand danger menaça la paroisse. Les plans primitifs, s’ils avaient été exécutés auraient coupés en deux la colline et l’église. Les autorités ecclésiastiques adressèrent pétitions sur pétitions au préfet de Paris qui n’était autre que le baron Haussmann et même à l’Empereur. Elles eurent gain de cause et la rue Manin fit une courbe. La paroisse continua à se développer harmonieusement entre 1861 et 1870 nous avons relevé 2 264 actes pastoraux dont un tiers concernant des familles françaises.

Malheureusement la tempête allait se déchaîner, l’exercice du culte fut interrompu en août 1870 et les bâtiments occupés par la garde nationale et par une ambulance (poste de secours avancé). La population masculine allemande fut expulsée, les écoles allemandes furent fermées et le culte allemand supprimé.

A la fin de l’été 1871, le pasteur Auguste Weber put rétablir le culte dans les 2 langues alors que les écoles françaises pouvaient de nouveau accueillir des élèves.

C’est à partir de cette époque que survinrent les revendications des pasteurs allemands et de douloureux débats en furent la conséquence. Les allemands revendiquaient l’église de la Colline comme étant leur propriété arguant que la plupart des sommes recueillies pour la construction du bâtiment venaient de l’Allemagne ; ce qui était exact, mais le propriétaire légal était bien la Mission.

Le consistoire décida alors de louer temporairement en juillet 1876 un local au 18 rue du Maroc, à la fois pour célébrer le culte le dimanche mais également pour accueillir les écoles de garçons et de filles. On compta rapidement deux cent cinquante enfants. En 1879, le propriétaire de l’immeuble décida de récupérer son bien et la ville de Paris supprima l’allocation qu’elle donnait au Consistoire pour ses écoles ; les écoles furent donc supprimées et seule demeura la salle d’asile qui fut transférée rue Riquet. Le culte en langue française fut rétabli en 1879 à l’église de la Colline. La situation étant pénible entre les deux communautés, et le local de la rue Riquet trop exigu, le pasteur Jules Goguel loua en octobre 1886 rue du Faubourg Saint-Martin une vaste boutique pour y donner ses instructions religieuses et y tenir toutes les réunions autres que l’office dominical.

Arriva ensuite la première guerre mondiale et la communauté de langue française se sépara de la communauté allemande ; elle se transporta définitivement dans les locaux de la rue du faubourg Saint-Martin au n° 268, tandis que, dès le début des hostilités, les biens allemands de la mission luthérienne allemande étaient placés sous séquestres ainsi que tous les autres biens allemands.

En 1924, le ministère français de la Justice ordonna la vente de la propriété aux enchères, à titre de réparations. Cette propriété était tombée, après le départ de la mission luthérienne allemande, dans un état d’abandon total. La vente eut lieu le 18 juin 1924, jour de la fête de Saint-Serge de Radonège pour l’Église orthodoxe ; le métropolite Euloge se porta acquéreur de l’église de la colline et des bâtiments voisins ; c’est là que fut ouvert le 30 avril 1926 l’Institut Saint-Serge, Académie de théologie orthodoxe célèbre dans le monde entier.

La chapelle de l’institut a été consacrée au culte orthodoxe par le métropolite Euloge le 1er mars 1925 et placée sous le vocable Saint-Serge.

Les activités de la paroisse luthérienne française de la Villette eurent donc pour cadre les locaux de la rue du faubourg Saint-Martin jusqu’à l’inauguration des bâtiments actuels rue Manin. La communauté dut se contenter, pendant de longues années, de locaux désuets. Situés au fond d’une cour, exigus, sans air ni lumière ; aucun écriteau ne le signalait à l’attention des passants, on ne pouvait y célébrer aucun service funèbre ni aucune cérémonie de quelque importance. En 1920, le jeune pasteur Étienne Meyer succéda au pasteur Henri Roser et débuta un fructueux ministère.

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